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Devant le malaise de son propre appareil mental, la conscience se protège de l'angoisse et préserve l’intégrité de son domaine affectif par des comportements antagonistes disproportionnés, des sentiments contradictoires, des idées de réprobation ou de négation.
La pression provoquée par l'inassouvissement d’un désir (pulsion) la conduit ainsi à élaborer des procédés d’accommodation pour protéger la personnalité de la contrariété d'un appétit pulsionnel frustré.
Le désir reste alors intact, préservé de son annihilation ou de sa fragmentation : « lorsque je dois me protéger de sentiments inavouables, je me défends de qui je suis en réalité, je crée alors un compromis conflictuel entre un désir et un interdit ».
Fondée sur l'évitement du conflit affectif, la défense protège la conscience par des mécanismes extraordinairement variés : « c’est parce qu’elle refuse le contact physique qu’elle refuse de m’embrasser (rationalisation), je n’ai jamais voulu l’embrasser (déni), c’est elle qui m’a proposé (identification projective), je préfère les autres filles (déplacement), au moins elles embrassent (isolation) ».
C’est ainsi que l’individu peut, en certaines circonstances, sentir son adaptation à la vie courante entravée par des représentations instinctuelles, impulsives et émotionnelles émanant de sa part d’ombre.
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La pensée défensive est mue par le principe de plaisir (charge pulsionnelle de l'imaginaire) opposée au principe de réalité (émotionnelle et symbolique) provoquant un conflit affectif intérieur.
Les représentations de plaisir provoquent simultanément du déplaisir par leur incompatibilité avec les exigences du milieu : « elle me rejette, je souffre de ne pouvoir l’embrasser ».
Tous les mécanismes défensifs protègent la personnalité du conflit pulsionnel qui attend une réparation illusoire de la carence affective, de l'estime ou de la représentation de soi.
Lorsqu'il est acquis de la généalogie, il manifeste et signifie une charge affective transgénérationnelle (secret, serment, loyauté, contrainte).
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L’ombre se manifeste dans les situations de la vie quotidienne dans lesquelles la personnalité doit se protéger d'une interdiction (injonction) de la réalité extérieure en formant un arrangement complaisant dans sa perception.
La pensée dispose ainsi de nombreux moyens de défense par le déplacement émotionnel (phobie), par les attitudes régressives (obsession, inhibition, dépendance) ou par les transformations symboliques (conversion du sens, sublimation, rationalisation, intellectualisation).
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Le raisonnement faux (paralogisme) de la conscience défensive truque la réalité objective (factuelle).
La fonction symbolique agit pour la défense du désir en interprétant et en transformant la signification des émotions, des sentiments et des représentations.
Afin de paraître authentique, la défense des ressentis personnels rejoint l’inconscient collectif qui s'exprime par les représentations stéréotypées (vérités communes, dictons, idées et formules figées) construites sur la logique des généralités : « c'est vrai puisque tout le monde le vit, le croit et le dit ! », transformant ainsi la réalité en illusion.
Alors, la conscience aborde ses propres objets signifiants par une interprétation fausse située en dehors de sa congruence subjective, de la logique symbolique (raison) et des évidences émotionnelles.
La défense des pulsions discordantes peut paraître inconsciente, la répression du conflit et la protection du désir sont donc difficiles à percevoir et à dévoiler par autrui car le mécanisme défensif trouve l’adhésion totale de celui qui le créé : « je ne suis (conflit) absolument pas (dénégation) amoureux (réalité de la négation du conflit) ».
Autrui est alors dubitatif devant l'absurdité des raisons, dérouté par la confusion des manifestations d’une irréalité pouvant être pareillement vraie ou fausse et l’expression d’une réalité fondée sur la conviction d'une hypothèse (croyance, délire).
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Le raisonnement inductif est un raisonnement faux (défense empirique) qui se forme à partir d’une hypothèse vraie ou fausse induisant une conclusion subjective probable : « je souhaite l’embrasser (cause), mais comme elle rejette mon intention (réalité), elle dit qu’elle refuse les contacts physiques (conclusion) ».
Le raisonnement inductif est faux dans le sens que le résultat est considéré comme vrai alors qu’il est seulement probable.
Le mouvement psychique d’une défense suppose la perception de la réalité au travers du désir :
observateur ► outil d’observation (défense, croyance, affectivité, désir) ► objet observé (réalité) ► transformation subjective de la réalité.
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L’évitement des objets dévorants invite à accéder aux prémices de la personnalité par l’exploration des pensées et de leurs significations profondes.
La présence d'un mécanisme défensif renseigne ainsi la conscience de l'énergie de certains objets inconscients (conscience – ombre préconsciente – inconscient).
La découverte d'une défense et de sa fonction ouvrent une voie d'accès aux principes de la personnalité à condition de vouloir les observer avec sincérité et objectivité (distance affective) :
clivage : l’objet extérieur et le moi sont séparés en parties indépendantes bonnes et mauvaises. Il révèle une scission du moi, l’une de ses parties reconnaît la réalité, l’autre la renie. Le bon objet, lié à la pulsion de plaisir est préservé du mauvais objet, lié à la pulsion d’anéantissement.
projection : opération de localisation externe de ce qui est en réalité interne. L’affect dévorant ou intolérable n’est pas reconnu comme soi mais attribué à autrui. La projection est massive et systématique, elle peut exister avec une localisation à l'extérieur moins expulsive et avec une amorce de reconnaissance consciente.
introjection : opération de localisation interne de ce qui est en réalité externe en dehors du processus d’évolution et de construction identitaire de l’identification infantile. Les bons objets sont importés et incorporés à l’intérieur du sujet dans le but de fortifier son moi.
idéalisation : les qualités du bon objet sont exagérées, il est perçu comme idéal et parfait pour le préserver des pulsions destructrices.
mépris de l’objet qui est caractérisé, déprécié ou mis à l’écart, voire anéanti pour préserver le sujet de l’angoisse de sa perte éventuelle. Ce mécanisme s’assimile au triomphe sur l’objet qui ne possède alors pas de valeur intrinsèque, c’est une posture de toute puissance par le contrôle du sujet sur l’objet.
identification projective : par exemple l’identification à un agresseur, une partie du moi s’introduit fantasmatiquement dans l’objet pour le contrôler, lui nuire ou être satisfait de ses qualités supposées, tout en restant partie constitutive de lui-même.
inhibition : évitement d’une situation susceptible de révéler des pulsions pénibles par l’absence de réalisation de l’affect.
régression : perte des acquisitions, fixée sur un mode relationnel antérieur (archaïque) au monde.
identification introjective : une partie de la personnalité d'un autre s'introduit dans le sujet pour le contrôler, lui nuire ou chercher des satisfactions. Cette partie de la personnalité de l'autre reste une partie vivante de l'autre.
forclusion : sensations que le sujet ne reconnaît pas comme siennes mais venant du dehors pour s'imposer à lui sous forme d'hallucinations. Ce n'est pas le sujet qui se parle, mais l'autre qui lui parle de l'extérieur. Ce mécanisme révèle une faille dans la fonction symbolique par la dissociation entre signifiant et signifié.
déni : la partie de la réalité susceptible de provoquer l’angoisse est niée.
refoulement : mécanisme majeur lié à la culpabilité contribuant aux autres mécanismes de défense. Le refoulement censure et maintient dans l’inconscient dont il est constitutif les représentations liées à des pulsions provoquant un déplaisir conflictuel entre le moi et les injonctions de la réalité intérieure ou extérieure. La représentation mentale coupable est bannie du champ de la conscience, elle s’inscrit dans l’inconscient et ne parvient plus à en émerger ou alors partiellement sous un aspect déformé dans les rêves ou les actes manqués. Le contenu représentatif ayant produit l’angoisse devient inaccessible à la conscience, ne subsiste consciemment que l’affect primitif relié, l’émotion n’étant pas refoulée.
déplacement : l’affect associé à une représentation dangereuse s’en détache en se déplaçant sur une autre représentation à la charge affective moindre.
formation réactionnelle : attitude de contre-investissement conscient, en réaction égale à un désir refoulé dont le but est de transmuter une pulsion inacceptable en son contraire. Mécanisme typique de la névrose obsessionnelle qui concerne la pulsion anale : conformisme, propreté, honnêteté, tendresse sont opposés au désordre, à la saleté, l’avarice, l’agressivité. Une forme ponctuelle et modérée est le mécanisme de dégagement.
rationalisation : intellectualisation d’un affect partiellement reconnu justifié de façon acceptable, factuelle, cohérente, morale ou logique en recourant à des procédés de maîtrise et de mise à distance émotionnelle. Mécanisme propre de la manipulation par le raisonnement menant à l’exclusion des pulsions injustifiables afin d’obtenir un statut de culpabilité satisfaisant.
isolation : consiste à isoler une représentation ou un comportement de son affect et de son contexte affectif, la pensée impossible à refouler est reconnue mais mise à distance par le sujet pour le protéger.
retournement sur soi : l’exemple typique est l’auto-agressivité, la charge affective remplace un objet extérieur indépendant, l’affect agressif est reconnu mais, au lieu de s’extérioriser, se retourne inchangé contre le sujet. Le voyeurisme sur soi, le voyeur devient narcissique.
annulation rétroactive : des pensées, paroles ou actes sont considérés comme non advenus et remplacés par d’autres à la signification différente.
renversement de la pulsion en son contraire : l’énergie pulsionnelle est transformée en son contraire : passage de l’activité à la passivité, du voyeurisme à l’exhibitionnisme, de l’amour à l’agressivité. Le but de ce renversement étant de s’en détacher.
dénégation : le sujet dit ce qu’il est en réalité en s’en défendant. C'est l'expression de négation de la propriété d’un désir ou d’une pensée. La négation de précaution met un accent involontaire sur la représentation ou le sentiment ayant quitté leur refoulement, n'étant ainsi plus protégés. La dénégation est un moyen détourné de prise de conscience du contenu refoulé, partiellement accepté, reconnu sous l’aspect intellectuel mais rejeté affectivement.
sublimation : les pulsions libidinales qui ne peuvent être incorporées ou refoulées ne se réalisent que partiellement sous leur forme charnelle, sont converties et projetées dans des activités intellectuelles socialement valorisées, religieuses ou artistiques dépourvues de caractère sexuel. Mécanisme de défense incorrect caractérisé par le narcissisme, l’idéal du moi et l’absence de culpabilité.
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Regarder l'ombre pour l'accepter demande le contournement ou l’éclatement de son mécanisme de défense.
Le questionnement du vécu, des ressentis, des besoins, des motivations, des sentiments et des représentations permet une action périphérique de discernement sur le sentiment impliqué (frustration, culpabilité, haine, honte) dans le conflit intérieur : « quel sentiment m'est tellement difficile à partager qu'il me ronge de l'intérieur ? ».
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La discordance existentielle peut provenir de l'incorporéité des sensations corporelles (retrait affectif, somatisation, confusion), du refus d'un mouvement d'acceptation (trahison, rupture, conflit, dégoût), de la dérégulation émotionnelle (impulsivité, voracité, autoritarisme, colère), du manque de confiance en soi (soumission, dépendance, tristesse), de la faiblesse de l'estime de soi (peur, isolement social), de symbolisations inadéquates (croyances, ruminations, possessions) et de la perturbation de l'image de soi (dépression, erreurs de jugement, accidents, croyances).
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L’enfant étant obligé de substituer l'authenticité de sa réalité intérieure par les obligations et le conditionnement des interdits établissant une forme de dépersonnalisation, l'ombre doit être reliée à la source des identifications défavorables ou partielles : « est-ce que je me trouvais par le passé dans une situation similaire ? ».
L’exploration existentielle doit alors exhumer les pulsions précoces frustrées et les désirs primaires carencés : « quelle est l'émotion que je ressens fondamentalement et qui semble me poursuivre inlassablement, à quelles représentations (pensées, idées, croyances) est-elle reliée ? ».
Un vécu angoissant est donc explicable par l'absence des symbolisations émotionnelles (sentiment) et des expériences d'introjections structurantes (création du soi) construisant des représentations propres : « je suis l’ombre de moi-même ».
L’individu qui tient son ombre à distance existe par le rejet et ne peut accéder à la substance de sa quintessence : « une existence vraie s’accomplit en dehors d’une rupture avec la réalité et au-delà d’un moi divisé, l’épanouissement ne se forme pas sur un mode relationnel immédiat de voracité (possession) à l’objet (ego), détaché de sa composante émotionnelle authentique et fondamentale ».
L’enfant étant obligé de substituer l'authenticité de sa réalité intérieure par les obligations et le conditionnement des interdits établissant une forme de dépersonnalisation, l'ombre doit être reliée à la source des identifications défavorables ou partielles : « est-ce que je me trouvais par le passé dans une situation similaire ? ».
L’exploration existentielle doit alors exhumer les pulsions précoces frustrées et les désirs primaires carencés : « quelle est l'émotion que je ressens fondamentalement et qui semble me poursuivre inlassablement, à quelles représentations (pensées, idées, croyances) est-elle reliée ? ».
Un vécu angoissant est donc explicable par l'absence des symbolisations émotionnelles (sentiment) et des expériences d'introjections structurantes (création du soi) construisant des représentations propres : « je suis l’ombre de moi-même ».
L’individu qui tient son ombre à distance existe par le rejet et ne peut accéder à la substance de sa quintessence : « une existence vraie s’accomplit en dehors d’une rupture avec la réalité et au-delà d’un moi divisé, l’épanouissement ne se forme pas sur un mode relationnel immédiat de voracité (possession) à l’objet (ego), détaché de sa composante émotionnelle authentique et fondamentale ».




















